De si charmants bambins by Gwenaële Barussaud

De si charmants bambins by Gwenaële Barussaud

Auteur:Gwenaële Barussaud [Barussaud, Gwenaële]
La langue: fra
Format: epub
Tags: Jeunesse
ISBN: 9782215132479
Éditeur: Fleurus
Publié: 2016-10-13T22:00:00+00:00


Chapitre neuf

Il est une qualité très rare chez les gouvernantes, très rare mais très utile : le sang-froid. Chez les Anglais, cette qualité s’appelle le flegme. Le flegme est la marque d’un caractère qui demeure calme, tranquille, pondéré quelle que soit la situation. Cette qualité est reconnue comme une spécialité des tempéraments britanniques, et c’est sans doute ce qui explique que les gouvernantes anglaises soient si prisées dans les familles françaises, où l’on aurait davantage tendance à s’emporter.

Daisy Dashwood avait beau être un sujet d’Angleterre, elle avait beau être dotée de ce fameux flegme, elle ne put néanmoins s’empêcher de manifester un peu de surprise et beaucoup d’inquiétude en voyant un marcassin affolé surgir de la bonnetière du fils Grandville.

– Eh ! Attendez ! cria-t-elle, que faites-vous ici ? Qui vous a autorisé à occuper la bonnetière de monsieur Godefroy ?

Mais l’animal, naturellement, ne lui répondit pas. Paniqué par cette soudaine liberté retrouvée, il faisait le tour de la pièce à toute allure, longeait les murs en bousculant sur son passage les quilles et les jeux éparpillés sur le sol. Indifférent aux appels de Daisy, il fonçait, fonçait, émettant sur son passage quelques grognements plaintifs. Mon Dieu ! Une bête cachée dans la chambre de monsieur Godefroy ! En un éclair, Daisy se souvint des paroles d’Honorine, des oiseaux tombés du nid ramenés dans les cuisines… Apparemment Godefroy n’avait rien perdu de son amour des animaux. Mais à tout prendre, Daisy aurait préféré un moineau blessé à un marcassin. C’était plus discret, et en tout cas, plus facile à attraper. Car pour le moment, Daisy avait beau tendre les bras, jaillir au passage de la bête, l’amadouer, la menacer, le bébé sanglier était insaisissable. Enfin, prise d’une inspiration subite, elle dénoua son châle – un beau châle en cachemire, vert, bien doux, bien chaud avec des franges – et se plaça sur son chemin à la façon d’un toréador.

– Oh là ! Oh là ! lançait-elle en agitant son châle devant le marcassin qui fonçait toujours, indifférent aux injonctions de la nurse.

L’habitat naturel du sanglier est la forêt. Il se méfie des chasseurs, des pièges, des loups et des bêtes féroces. Mais on n’a jamais vu une mère sanglier mettre en garde ses petits contre les nurses anglaises qui agitent des châles en cachemire… Le marcassin, inconscient du danger, fonça tête baissée dans l’étoffe. D’un geste rapide, Daisy l’emprisonna, noua les pointes du châle et souleva sa prise au-dessus du sol. Le marcassin se mit à grogner plus fort. Daisy serra la bête contre elle pour la rassurer, comme l’académie lui avait appris à le faire avec un nouveau-né. La tête émergeait à peine sous les franges du châle et seul le groin dépassait, émettant un soufflement rauque et saccadé.

– Chut ! Chut ! Ou bien tu vas attirer l’attention sur nous ! soufflait Daisy en berçant le marcassin.

Elle ne croyait pas si bien dire : dans la pièce voisine, la sonate de Mozart s’était tue. La porte s’ouvrit et Rodolphe Aiglefin passa la tête par l’entrebâillement.



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