RoseHouse by Arkady Martine

RoseHouse by Arkady Martine

Auteur:Arkady Martine [Martine, Arkady]
La langue: fra
Format: epub
Éditeur: J'ai Lu
Publié: 2023-10-02T08:25:09+00:00


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Dans Rose House, il y a un endroit que Selene préfère. Depuis toujours. Celui où, pour la première fois, la logique de la maison lui est devenue compréhensible, et elle en avait eu le souffle coupé, percutée par une sensation qu’elle ne pouvait que reconnaître comme du désir. Le même genre de désir qu’on ressent quand on est arraché à soi-même par un rituel, ou atteint par les embruns d’une vague qui s’écrase sur une falaise, ou fouetté par un vent si épouvantablement vif que l’air n’est plus de l’oxygène, mais tranchant et lumière. Un arc caténaire. Un pont arachnéen et impossible. Le vert-gris d’un ciel de tornade.

Les constructions de Selene – les rares ayant été bâties – sont toutes des échos de cet instant de compréhension, et elle le sait. Elle ne peut pas y échapper. Comme elle ne peut s’empêcher de collectionner des photos de Basit Deniau, même après lui avoir dit qu’il était toxique, que son travail était toxique, le lui avoir dit à lui et l’avoir dit à la presse spécialisée en architecture, s’être ensuite enfuie pour essayer de créer son propre cabinet en Europe et autour de la mer Noire…

Elle aime les bâtiments qui cessent d’être eux-mêmes et laissent leurs habitants exposés. Non aux intempéries – le plus souvent – mais à la forme de forces supérieures à l’être humain. Une chambre dans un pont de verre et de béton, jeté au-dessus d’une gorge, en équilibre précaire au bord de la maison. Celle-là, Selene a réussi à la faire construire, même si personne n’a compris que ce n’était pas du tout affaire d’exhibitionnisme, mais de retournement du cœur intime d’une demeure. Pour se reposer, il faut être à peine à l’intérieur d’un bâtiment. Pour se reposer, il faut être prêt à prendre des risques.

À présent, alors qu’elle marche dans Rose House comme si elle était le fantôme qui hante celle-ci, elle se dit que les leçons apprises de Basit n’étaient peut-être pas les bonnes. Elle n’est que risque sans repos, et le risque n’avait eu en fin de compte aucune importance : elle est piégée par ce lieu qu’elle a aimé autrefois, retenue prisonnière par la loi, par les désirs morts de Basit et par la faim insatiable, et elle

(regrette que l’inspectrice Smith ne l’ait pas en réalité appelée pour lui dire que Rose House avait brûlé, regrette d’avoir vu le cadavre au pied du socle de Basit, regrette d’avoir pensé à la raison de la présence de ce corps à cet endroit-là, à la profanation qu’il avait dû essayer de commettre)

(regrette de ne pas avoir pensé à pareille profanation avant lui)

va sans doute se faire tuer par la personne qui a commis ce meurtre. Elle s’était précipitée seule à l’intérieur de Rose House, au lieu d’essayer d’expliquer à l’inspectrice Smith le poison lent que cela représente d’être l’archiviste de Basit, condamnée à être un appendice de son héritage, avec toutes vos tentatives pour agir volées, refaites, recontextualisées en poussière. Elle n’aurait pas pu supporter de l’expliquer.



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